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18/10/2009

10. ÊTRE LIBRE ÇA TE DIT RIEN, SANS DESSEIN ?

Je ne fais pas n’importe quoi, moi, je n’ai jamais fait n’importe quoi. J’essaie de faire ce que je veux, comme je le veux, ce n’est pas tout à fait la même chose, n’est-ce pas.

17/10/2009

11. NOIR DEMEURE

La vraie solitude, la sale, l’affligeante, la pitoyable et imbuvable solitude, n’est pas celle des solitaires ; c’est celle de ces autres animaux qui se soumettent à l’autorité de la harde, sans laquelle ils suffoqueraient de terreur et imploseraient sous l’effet de leur accablante existence. Ensemble, les animaux se sentent plus forts, et ils le sont peut-être, mais un animal est un animal et un esclave, même s’il se croit fort, est toujours un esclave. Le vrai solitaire n’est pas seul, lui : il est ailleurs, il est autrement et il s’en fout, tant que l’intrus aux gros sabots et à la voix de sergent recruteur ne vient pas le harceler sur ses propres terres. Personne ne peut rien contre lui ; même contraint, c’est encore lui le plus fort ; même si on l’enferme, il reste toujours un homme libre. Il est l’arrogant souverain au petit cigare, assis sous la lampe molle, qui boit du vin italien, qui grignote des Fritos et qui savoure la chaleur du soir en se massant doucement le scrotum (peut-être la rousse, la femme d’un soir, y est-elle allée un peu raide, la nuit dernière) ; il est ce fou qui a tué le rêve et l’espoir et le mensonge et l’illusion, qui fume en regardant passer les eaux du monde et qui sait qu’il n’a rien à faire avant de mourir. Le vrai solitaire est l’homme sans dieu ni maître qui n’aime pas les hommes mais qui s’émeut de leur solitude d’animaux grégaires – cette pauvre supplication tendue comme une main vide vers la figure des Autres pour qu’elle donne enfin un instant de répit et un semblant de sens à leur prodigieuse inutilité cosmique.

16/10/2009

12. À L'AIDE !

Quelqu’un pourrait-il m’expliquer enfin pourquoi c’est encore et toujours à la mort que je pense, tout naturellement, chaque fois que je pisse ?

15/10/2009

13. L'ATROCITÉ

Je m’étonne assez qu’il suffise de moins d’un kilogramme de nourriture solide introduite quotidiennement dans un corps pesant soixante-quinze kilos, disons, pour que ce corps puisse non seulement maintenir sa structure et son organisation, mais se livrer, jour après jour, durant de très longues années, à une multitude d’activités extrêmement complexes et diversifiées, dont la nature se résume pourtant, grosso modo, à la recherche des meilleurs moyens de se procurer de la nourriture, au gaspillage de la part superflue de l’énergie qu’elle lui procure et, parfois plus accessoirement, à ce qu’il lui faut faire pour assurer la reproduction de l’espèce dont il n’est, comme tous les autres corps, qu’un représentant atrocement négligeable.

14/10/2009

14. LA CRAQUE

À l’âge de dix-sept ans, tu avais déjà tout compris, à commencer par ceci : tu avais déjà compris que l’adulte n’est qu’une autre de ces malheureuses histoires qu’on raconte aux enfants pour leur faire peur, que l’adulte, en somme, n’existe pas – tu avais compris que tu n’avais littéralement aucun avenir.

13/10/2009

15. AILLEURS, ICI, NULLE PART

Et si nous sortions d’ici, si nous sortions, MM. Moi & Moi-Même, de la chambre grise, où diable pourrions-nous bien aller ? En « Europe » ? Jean Barbe est déjà allé en « Europe », lui, je crois, et le résultat a été le même. Je n’ai plus envie de voir le monde depuis que je sais que je ne le ferai pas. Autrefois, j’aimais mieux les gens qui voient loin que les gens qui vont loin ; aujourd’hui je n’aime plus personne, je n’aime plus rien, que MM. Moi & Moi-Même – et encore, à certaines heures seulement du jour ou de la nuit. Au bout de toutes les routes – mais la route existe-t-elle encore ? – , la même vache stupide, la grande et lourde vache de l’éternité, joue toujours l’éternel jeu de la faim, de l’inappétence et de la faim. À quoi bon avaler les kilomètres, à quoi bon traîner cette lumière jaune sur toutes les scènes du monde ? Partir n’est jamais que maquiller la fenêtre.

12/10/2009

16. L'HIVER SERA LONG

Dans la nuit de jeudi à vendredi, j’ai écrit une longue lettre au Père Noël, qui est un code postal canadien / ho ho ho / tel quel / puis je suis allé décharger puissamment dans les cuissardes de cuir noir de la femme peintre / j’oublie son nom / ho ho ho / la femme peintre qui aime les violences / cuir cauchemar.

Mon Dieu, je suis fatigué.