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23/09/2009

35. GÉHENNE

Quand je vais dans la ville et que je vois les yeux des gens, surtout s’il fait chaud comme aujourd’hui – à Montréal, il peut faire vraiment chaud – , je comprends que la vie n’est pas bonne. Elle ne demande qu’à nous chasser, à se débarrasser de nous, à faire de la place pour ceux qui nous poussent dans le dos sur les trottoirs du monde et qui gémissent comme des bêtes en marche vers l’abattoir. Dans les yeux des gens de la rue, dans leurs yeux de solitaires qui ne vont jamais nulle part, il y a la stupeur et l’embarras d’exister, il y a la sordide lassitude de vivre et l’appétit secret de la mort. Nous ne sommes pas faits pour vivre, mais pour nous reproduire et nous divertir, pour nous distraire de notre insupportable existence, pour ouvrir nos grandes mains molles et griffer l’air, grotesquement, en attendant de mourir. Les chiens ne regardent pas la télévision, ils n’achètent pas de bouteilles d’alcool ni de billets de loterie, et pourtant ils sont mille fois plus heureux que nous. S’il n’y avait pas l’argent que nous avons inventé dans l’unique but de nous tenir tous désespérément affairés, à quoi pourrait bien servir le Japon et notre espèce tout entière ? Pour nos pauvres enfants, la vie est peut-être un terrain de jeux, mais pour l’adolescent elle est déjà une prison, et pour les adultes, ces méchants suprématistes, la géhenne, le séjour des réprouvés, le camp de la mort, c’est tout comme.

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